Je suis tombé des nues en apprenant le rituel du repassage des seins des femmes camerounaises. Tant d'ignorances et d'obscurantisme.
Mal à en pleurer, c'est le souvenir qu'Amélie, 24 ans, garde du début de son adolescence.
«J'avais 13 ans quand ma mère a vu que je commençais à avoir de la poitrine. Elle a dit que ça allait attirer les garçons, raconte-t-elle. Avec une pierre chauffée au feu, elle a décidé de me la masser matin et soir pour écraser le noyau à l'intérieur et le faire disparaître.»
Il a fallu cinq mois de ce régime pour que les seins d'Amélie disparaissent. Ils ne sont revenus que trois ans plus tard.
Dans le nord du Cameroun, où la population est en majorité musulmane, certaines mères, qui veulent que leur enfant aille le plus longtemps possible à l'école, utilisent cette technique pour soustraire aux yeux du père les signes de sa puberté, et retarder ainsi son mariage. D'autres le font, persuadées que si leur fille a des seins de manière précoce elle ne grandira plus. Ailleurs, le «repassage» sert surtout à éviter qu'elle ne soit «dérangée» trop tôt par les hommes et ne tombe enceinte.
Le repassage peut avoir en plus des effets néfastes sur la santé : 18 % de celles qui en ont été victimes estiment que leurs seins sont «tombés» de manière précoce. D'autres ont eu des kystes, des abcès, une poitrine effrayante ou devenue complètement plate, des problèmes psychologiques importants, des difficultés pour allaiter leur enfant.
«En écrasant ainsi la glande mammaire, on modifie le noyau cellulaire. Cela peut à terme provoquer des cancers», explique un médecin gynécologue. «Les mères pensent qu'elles agissent pour le bien de leurs filles.
L'Afrique doit sortir de l'obscurantisme. Dénoncer ces actes barbares.